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LE SECOND ROMAN
par Doris Lanzman | 01 January 2010

« J’étais une femme qui avait aimé un homme. C’était une histoire simple. Il n’y avait pas de quoi faire de grimaces. »
Françoise Sagan, Un certain sourire, 1954, éditions Juilliard.
J’ai surpris au café une conversation entre un couple. Elle, une jeune fille. Lamia, je crois, effacée, triste, elle lui explique qu’elle essaye d’écrire un roman depuis plusieurs mois, une histoire d’amour, et qu’elle bute sur la fin...Lui, baroudeur grizzli-grisonnant, distant, lit son journal, évasif, peu encourageant.
Il lui dit qu’elle ferait mieux de se concentrer sur son travail, que c’est difficile en ce moment, et qu’il n’y a pas de fin à l’amour même s’il s’éteint. Et si cette fille était la nouvelle Françoise Sagan ? La nouvelle reine des romans de la frivolité !
Parce que si ça se trouve, elle aurait déchiqueté les conventions à grand coup de plume. Au lieu des années cinquante, Lamia aurait écrit sur les amours de la fin 2006. Elle se serait prit un pseudo, comme Sagan, née Françoise Quoirez en 1935. Elle aurait prit un nom de princesse, comme la princesse Sagan dans A la recherche du temps perdu de Proust. Elle aurait été Lamia Palatine pour la postérité. Comme Sagan elle aurait eu une écriture à la fois naïve et vulnérable, mais aussi sautillante et décalée.
Elle aussi aurait vendu un million d’exemplaires pour son premier roman : Au revoir bonheur et cinq cent cinquante mille pour le second. Dans celui-ci elle se serait inspirée du baroudeur grizzli-grisonnant pour décrire son propre amour d’adolescente. Il aurait été Luc, l’oncle de son petit ami officiel. Elle aurait fait Un certain sourire bis sans sentimentalité excessive. Elle aurait été provocante et audacieuse. Elle aurait montré le cynisme et l’absurdité des couples bien installés....Elle aurait su se montrer tendre et féroce, elle aurait pu se montrer touchante dans sa recherche de l’illusion du bien être. Mais non. Que dalle. Aucun critique ne la démolira puis ne l’encensera jamais. Elle ne choquera jamais l’ordre établit. Françoise Giroud, si elle avait été encore vivante ne dira jamais d’elle que comme Sagan, elle est un irritant écrivain authentique. Personne n’appellera Lamia Palatine : le gentil petit monstre. Elle n’aura jamais le goût de la vie facile, des voitures rapides, du jeu et de la cocaïne… Voilà. Elle ne sera jamais une sorte de Lolita Pille, ou mieux une Lamia Palatine, parce qu’elle doute, et qu’elle voit son rêve d’écriture anéanti à cause de son mec.
Qui soit dit en passant porte une alliance à la main gauche. Pas elle.

